011 - Stop : moto

Aller en bas

011 - Stop : moto

Message par Maxwell le Mer 27 Sep 2017 - 17:52

RAPPEL IMPORTANT: http://www.marcombres-shadho.com/t2972-fonctionnement-des-experiences

Descriptif :

Faire du stop et se faire prendre par une moto sur l'autoroute, un peu beaucoup à l'arrache donc, au moins pendant 30 minutes.

Cette expérience demande un petit peu de chance, faut persévérer, et ne plus snober les motos, car elles peuvent s'arrêter, finalement !

Le but est de réussir à apprécier totalement l'instant. Tout en méditant sur le fait qu'un jour, vous allez mourir. Frôlez la vie.
#FightClublolilol


Dernière édition par Maxwell le Ven 26 Jan 2018 - 23:55, édité 1 fois
avatar
Maxwell
a.k.a. Vienna

Féminin Messages : 98
Date d'inscription : 19/03/2015
Age : 20

Revenir en haut Aller en bas

Re: 011 - Stop : moto

Message par Maxwell le Mer 27 Sep 2017 - 22:48

(Compte-rendu personnel in coming.)
avatar
Maxwell
a.k.a. Vienna

Féminin Messages : 98
Date d'inscription : 19/03/2015
Age : 20

Revenir en haut Aller en bas

Re: 011 - Stop : moto

Message par WorldWalker le Lun 26 Fév 2018 - 21:36

(Many things come and never arrive… It's a shame, it would be really interesting.)
(Aussi la moto non protégé.e c'est dangereux, m'enfin, un jour, on va mourir.)
avatar
WorldWalker
Arpenteur de la Voie

Masculin Messages : 196
Date d'inscription : 11/07/2014

Revenir en haut Aller en bas

Re: 011 - Stop : moto

Message par Maxwell le Mar 27 Fév 2018 - 1:21

Voici.
Je n'aime pas, mais faut bien que je finisse par le poster.
Je me suis efforcée de retranscrire l'état d'esprit avec fidélité, pour ce que ça vaut.


Compte-rendu.
Sur le trajet Pau - Nantes en stop que j'ai fait un week-end fin septembre, j'étais sur une aire d'autoroute entre Saintes et Niort.

<< Après avoir zoné un peu sur l'aire, m'être refait un carton, etc., je recommence à faire du stop.
Une voiture s'arrête, pour Paris, mais ce n'est pas la bonne autoroute. Une deuxième, idem, on me souhaite bon courage.
Une troisième s'arrête simplement pour me dire qu'elle ne va pas à Nantes et qu'elle est désolée.
Décidément, que les gens sont attentionnés aujourd'hui.


Et puis tout d'un coup.

Une fucking moto.

J'y connais absolument rien en moto, mais je vois bien qu'elle est vieille. C'est plus une bécane qu'une moto comme j'ai l'habitude d'en apercevoir.
L'homme qui était dessus devait avoir entre 25 et 30 ans. Il a hésité un peu avant de s'arrêter. Il enlève son casque. Il avait l'air fatigué et vaguement agacé.

Il me regarde un peu sans rien dire, je lui fais un sourire en attendant. L'éventualité de ce qui allait se passer se formant dans ma tête, je pouvais difficilement retenir mon contentement suprême. Je sens le coin de mes yeux se plisser. Je vois des zébrures rouges marquer le ciel. Ça s'agite dans mon cerveau.

Il finit par me faire : " Je peux te prendre, si tu veux. J'ai un autre casque. "

Il me montre le casque en question, et le regarde longuement. Il soupire, un peu gêné, et me lance un regard désolé, l'air de dire "enfin, mon casque est franchement pourri, j'me sens moins sympa tout d'un coup".

" Enfin... C'est comme tu veux. T'as déjà fait de la moto ?
- Ahah, un peu oui, mais pas sur l'autoroute, et pas en stop surtout. Tu vas où ?
- À Nantes. Je connais pas la sortie qui est sur ton panneau, c'est où ?
- C'est juste avant Nantes, pas du tout loin.
- Ok, j'sortirai avant comme ça. J'en peux plus de l'autoroute, j'suis crevé. Je m'arrêterai à une aire bientôt, aussi, faut que je prenne de l'essence.
- Tu viens d'où comme ça ?
- J'étais dans les Pyrénées, en vadrouille.
- C'est marrant, j'viens de là aussi.
- Ah oui ! Et, du coup, t'es sûre, je t'emmène ?
- Bah carrément ! "


Je mets le casque sans me poser de question. Il ne couvre pas toute la tête, et n'a qu'une visière sur les yeux. Mon cou et tout le bas de mon visage sont découverts. Je ne remets même pas mon pull, attaché à ma taille, ne redescends pas les manches de mon gilet non plus. J'ai tout de même le bon réflexe de remettre mon écharpe (qu'on m'avait heureusement donné à Pau, d'ailleurs). Je range mon bout de carton dans mon sac. Et c'est parti. Je monte sur sa p'tite bécane, mets les mains sur les poignées, derrière moi. Je n'ai pas la moindre idée de comment ça va être, je n'imagine même pas, mais je suis prête. Sait-on jamais. Il démarre. Sort de l'aire. C'est parti.

Première impression. Le bruit.

Du vent, fort, la dureté de l'air, plein les oreilles. Une vraie déflagration.

Deuxième impression, la vitesse.

Il va vraiment, vraiment vite. Je penche légèrement la tête sur le côté pour voir son cadran.

150km/h.

Ohohohohoh. Je souris très fort.

Troisième impression. L'air et la vitesse.

Mes joues se gonflent d'un seul coup, l'air s'engouffrant dans mon sourire, comme face à un ventilateur.
Je contracte aussitôt la bouche, et ai un long rire intérieur. J'ai vu ma face dans le rétroviseur, dans le même temps, j'ai cru me retourner comme une chaussette. Hilarant.
Mon t-shirt et mon gilet sont plaqués très durement contre ma peau. Ça me pince, j'ai un peu mal, je me sens compressée. La lanière du casque frappe régulièrement mes bras. C'est loin d'être un problème.
Je suis même très probablement masochiste ou simplement hardcore comme j'adore carrément, ça rajoute encore plus de charme. J'aime la fébrilité.

Quatrième, les vibrations et la force.

Tous mes muscles tremblent à cause des vibrations, se contractent pour que je tienne droite sur la moto. Les jambes, le ventre, le dos, la nuque, les bras. C'est pas spécialement dur, mais demandant. Je m'habitue vite, cependant.

--

Je suis un peu désorientée et sonnée, surprise des sensations, mais qu'est-ce que je suis excitée.
Une excitation super froide. Mon corps est crispé, je respire très lentement, mon cœur ne bat pas du tout la chamade, je dois fermer les yeux, le vent s'engouffre dans mon casque.

Bon. Maintenant. Je dois réagir.

Je lâche les poignées. Je n'ai plus aucunes idées de comment j'ai mis mon écharpe. Un tour ? Deux tours ? Un nœud ? Je ne sais plus. Il ne faut pas que je la perdre. Je monte lentement les bras devant moi, en contrôle, je renforce l'appui de mes jambes et la contracture de mes abdominaux. Je dois faire quelque chose pour ce bruit. J'ai tellement mal aux oreilles. Je me les bouche. Je soupire de soulagement (par le nez uniquement, je retiens mes leçons, oui oui).
Je commence à glisser des pans de tissus sur mes oreilles, c'est déjà mieux. Mais je dois tenir mon casque au niveau de la visière. Les pouces pour tenir l'écharpe, le reste pour plaquer correctement la vitre en plastique. Afin d'ouvrir les yeux.

Le temps est aussi dense que l'air. Combien de temps s'est-il passé ? Combien de temps suis-je resté ainsi, les yeux mi-clos, les mains sur mon casque ?

Je finis par ouvrir mes yeux sans avoir à les plisser, un court instant. Trop cool.

Je prends conscience de la vitesse, en observant le paysage, les autres voitures, la proximité du bitume qui défile. Je sens le soleil sur mes bras. L'air est chaud, mais présentiellement froid. Trop bizarre. En tout cas, l'équilibre thermique est bon, pas de soucis.

Je finis par prendre conscience de l'aspect légèrement dangereux de ma situation. Là comme ça, pas équipée, avec un faux casque, perchée sur une vieille moto à 150km/h sur l'autoroute sans me tenir.
Mais ça ne me fait absolument pas peur. Je me sens calme. Je m'entends penser plus limpidement que d'habitude. Tout le brouhaha habituel, l'activité cérébrale, etc. tout est attentif. À moins que le vent ne soit trop fort ?
Je peux formuler des mots, n'avoir qu'une voix dans la tête, qu'un seul fil de pensées. Avoir cette place pour formuler, ça me fait bizarre. J'ai oublié ce que ça faisait. Habituellement, je pense de façon plus conceptuelle. Pas le temps de faire des phrases et des mots, s'il n'y a pas besoin, ça me parasiterait l'esprit pour rien.


J'ai comme une bouffée "d'instant présent".

Je suis curieuse de pouvoir écouter cette voix si claire.
Je m'amuse à me décrire tout ce que je vois, pendant une ou deux minutes, peut-être plus, peut-être moins.

Je pense à Serpio. Je me dis que ce serait typiquement le genre de situation où il aurait très peur.
Je pense à Mayt. Dont je connais la récurrente difficulté à ne pas réussir à passer au-dessus des sensations inconfortables comme le bruit ou la douleur.
Je me demande comment est-ce qu'ils auraient vécu ça à ma place, s'ils auraient réussi à apprécier autant que moi. Comment auraient-ils géré le bruit, la peur, la douleur, le vent, l'agacement, l'angoisse ? Auraient-ils réussi à se détendre ?

Taillée comme ça par le vif du vent, je me sens presque partir en lambeaux. C'est agréable, cette espèce de désincarnation. C'est reposant.

Je regarde les gens dans les voitures. Est-ce qu'ils se disent que ma situation est dangereuse ? Est-ce qu'ils râlent ?

Je pense à la mort. Avec beaucoup de ravissement.
Qu'est-ce que ça ferait de mourir sur ce bitume qui défile ?
Qu'est-ce que je me casserai en premier ?
Qu'est-ce qui se retrouverait en bouillie ?
Quels morceaux de peau je perdrais ?
Aurais-je mal ? Ou n'aurai-je même pas le temps de penser ?
Est-ce que je verrai la chute au ralenti ?


Je me rends compte que j'ai confiance en ce trajet. J'ai la conviction que je ne mourrai pas sur cette moto, sur cette autoroute. C'est marrant. Mais est-ce raisonnable d'avoir confiance en l'immortalité d'un instant, finalement ? Ou plutôt, de ne pas avoir peur de la mort ?
Peut-être que non. Probablement pas.
Mais je préfère mourir ici qu'en me cachant de la mort, du risque. Tout est risque, je mourrai quand il faudra.
La mort n'est pour moi qu'une source de motivation.
Finalement, j'y pense pour la forme.
Mourir ne me dérange réellement pas ; simple vérification.
Vivre en oubliant que je vais mourir, c'est déjà une éventualité plus inquiétante.

Et alors, est-ce dans ce genre de moments qu'il faut se demander si ma vie est bien ? Si j'ai des regrets, des remords, faire un point ?
Avec surprise, je m'aperçois que je n'en ai pas tant que ça.
Il faut que je grave dans ma tête les sensations ? Pour me les remémorer lorsque je sombre ? En ai-je besoin ?
L'insatisfaction est toujours la même, même sur cette moto. La souffrance est toujours là, même sur cette moto.
Mais j'ai l'impression que mon vecteur d'évolution est bien positionné. Je suis en phase avec ma volonté et mes motivations.
Est-ce l’exaltation qui me rend si optimiste ? Il n'est de toute façon pas nouveau que je suis plus douce à mon égard dès qu'un peu d'adrénaline s'ajoute à l'équation.
Le principal problème de ma vie reste donc probablement celui de la dépression.


Je tape sur l'épaule du garçon en montrant le panneau qui désigne la prochaine aire d'autoroute. Il a dit qu'il voulait s'arrêter. Mes oreilles me font trop mal. J'aimerais profiter plus. Il me faut plus.

Il sort, décélère. La pression des habits sur ma peau se relâche, je constate la meurtrissure qu'ils ont laissé.
Je laisse tomber mes bras. Mes épaules sont un peu endolories.

Il s'arrête au niveau de la station d'essence.
Je descends. Mes jambes sont comme du coton d'avoir trop vibré.
Je descends mes manches, mets mon pull et monte le col sur ma bouche, enroule ma tête dans mon écharpe comme un œuf de Pâques et l'attache solidement autour de mon cou et sur le bas de mon visage. Je remets mon casque. C'est mieux.

J'attends qu'il finisse de payer, je remonte. C'est reparti.

--

La trajet, en tout, a duré 1h30.

Le reste du trajet, après l'aire d'autoroute, fut un moment suspendu dans le temps.
J'ai pu tenir ma visière que d'une seule main, ce qui m'a permis de reposer mes épaules à tour de rôle.
Pour le reste, j'ai eu les monologues internes les plus superficiels qui soient, sur la couleur des choses et les variations de la texture du vent, sur les voitures et les camions que nous avons croisé, sur le paysage, sur les arbres, sur les oiseaux, sur les fils électriques, sur les panneaux, sur le ciel, sur le soleil, sur le dos de mon conducteur, sur ses rétroviseurs, sur son compteur qui effleurait parfois les 160km/h.

J'ai eu l'impression de relâcher la pression.
Mon cerveau était comme libéré de la charge mentale qu'il supporte habituellement.
Avec un nombre de stimulations cognitives satisfaisant.


Quand nous sommes arrivés, j'ai été amusée du contraste entre mon conducteur et moi.
Profondément blasé alors que je devais avoir les yeux brillants.
Je doute qu'il ait saisi l'ampleur de l'expérience qu'il venait de me permettre.
Je lui souhaite bon courage pour la fin de son voyage, il me remercie et me souhaite de même.

J'appelle Serpio pour lui raconter.

Puis je marche un peu, je sens l'excitation encore partout.

Et puis la dépression rattrape, petit à petit.
Je brûle.
>>
avatar
Maxwell
a.k.a. Vienna

Féminin Messages : 98
Date d'inscription : 19/03/2015
Age : 20

Revenir en haut Aller en bas

Re: 011 - Stop : moto

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum